Dimanche 23 septembre 2007
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06:51
Demi Evans
Cathédrale sonore
Ce n’est pas une voix « dans le temps », mais éternelle et dominée par des générations de chanteurs de l’âme « Soul » que l’on entend ici.Sous l’étiquette blues un chant perdure qui
cherche à retrouver une Amérique jetée dans le bruit et la fureur, à moins qu’il ne s’agisse de l’Afrique…
On oublie le monde. Survit le rythme qui se développe sans nostalgie, une conscience qui a l’âge du Gospel et qui en saisit toute la couleur des souvenirs. Une expérience vécue
entière, lyrique, qui nous surprend sans aucune mystification.
On a l’intuition d’une transe, une révélation, loin des idoles trompeuses et maudites ; le privilège de faire tomber les masques. Un flot de réminiscences survient, le son d’une
guitare suit la cathédrale sonore.
Gagné par les sortilèges, l’angoisse d’où s’extrait la beauté, on est vaincu par la magie des instants, convaincu que personne ne franchit la rivière sans en être transformé («
Wade in the Water »). Pouvoir affirmer cela : le changement moral, mental, le contact direct avec le moi profond, la résurrection du Temps perdu pour « les enfants » égarés, n’est pas
donné à tous.
Demi Evans a retrouvé le point de l’existence au cœur du pèlerinage aux sources de la vision claire à partir duquel on est mûr pour accéder à cette dimension de l’être, sans
peur, loin de la dispersion.
PG
« J.J. Milteau Live, hot n’blue » (2007)
Les musiciens qui jouent là sont tous à la hauteur de la performance de la chanteuse des USA. Leur vitalité est tout autant foudroyante, à commencer par le fougueux Milteau, et
son talentueux compère Manu Galvin.
photographie Olivier Rose
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Pierre Givodan
Chroniques musicales
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Samedi 22 septembre 2007
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07:42
John Lee Hooker
Un homme de caractère
Le portrait de J.L. Hooker est lié à la compréhension de la clef qui ouvre son œuvre : la peinture de sa société habillée du boogie-woogie. Rendre à son pays ce que celui-ci lui a
prêté…
Hooker a bien observé aussi les joueurs de blues de son temps ; il a su noter et combiner le tout pour en faire un style.
Il est à lui seul une galerie de portraits. De plus il s’est adapté à la vogue rock n’ roll.
En insérant dans sa musique la comédie des sermons bouleversants il a travaillé à renouveler son originalité. De nouveaux publics se sont reconnus ; chacun a apprécié le modèle.
Hooker a ainsi cheminé seul vers le portique de la célébrité, sans jamais perdre sa vertu de père du blues qui a fait une fortune monstrueuse.
On se doit d’admirer son ouvrage. L’homme n’est jamais tombé dans la trivialité et a gagné en importance.
Ouvrons donc la porte de « Mr Lucky » et l’on y entendra à ses côtés Van Morrison , Keith Richards, Johnny Winter, Carlos Santana, Ry Cooder, John Hammond, Albert Collins…j’en passe
et des meilleurs. Et ceux qu’il invite reviennent chez eux en occupant la tâche de jouer avec lui . Car le cœur et l’esprit de l’homme ont toujours gardé l’innocence et le
sérieux qui commandent le mérite et poussent à l’enthousiasme.
On lui est redevable du ton de sa voix inimitable , de la conduite du jeu de sa guitare (qu’il a quelquefois hasardeuse), lui qui s’est assujetti à l’extrême simplicité de la
structure du blues. Ses manières d’embellir les morceaux qu’il met en mouvement après les avoir écrits et composés lui-même.
Un homme riche en passion maîtrisée qui joue le blues sans discours.
PG
Ecouter « Mr Lucky » (Silverstone, 1991) .
voir aussi : John Lee Hooker dans
Wikipedia
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Pierre Givodan
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Vendredi 21 septembre 2007
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07:30
Albert King
La flamme bleue
L’homme a un jeu de guitare fluide et vif et chacun y reconnaît la pâte du vieux Chevalier du blues. Il aime s’accompagner de cuivres et d’une section rythmique forte, toujours à ses
talons autant que sa voix est furieuse et lyrique. Albert King a un swing qui rappelle celui des plus grands géôliers de l’infâmant blues. Il est toujours prêt, comme on peut
l’être pour une rencontre inédite. On se sent en accord avec ses improvisations détachées, cristallines et sans trou.
Avec lui le blues a conquis la reconnaissance générale. Il n’y a rien qu’il puisse faire sans gagner l’approbation de tous les honnêtes amateurs. Il nous conduit toujours plus loin
sur les routes désertées du lointain souvenir de jours meilleurs. On rêve de lui dire notre satisfaction de l’entendre parler d’un ton si dégagé d’amour et de ballades enchantées sans
fâcheries. C’est là sa charité.
Ainsi le moment est venu de lui faire savoir qu‘il tient sa place dans notre petit panthéon car il nous rend le fameux service de nous réconcilier avec toutes les « chéries » du
monde. Et l’on adore son cœur franc.
Alors le moment de liberté et de bonheur passé, on reste là à se demander comment le présent peut être à ce point préservé, non souillé, par ce sire qui n’a rien d’un félon. C’est
sans doute qu’il retourne sans hâte à la maison de ses frères avec gaieté, jamais abandonné à la lassitude, décoré du costume des prisonniers du bon temps qui ne craignent pas les
vertiges des cœurs chavirés.
PG
Parmi les bontés d’Albert King apparaît « Albert » (Tomato,1989).
photographie Kevin
Reynolds
voir aussi : Albert King dans
Wikipedia
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Pierre Givodan
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