Les édito de la Feuillée : C. Plassart


Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 19:04

La Feuillée

 

Eloge du métier.

Par delà les catastrophes de l'histoire, il reste les oeuvres. L'homme disparaîtra peut-être comme le pensait Claude Levi-Strauss, mais longtemps après lui, il restera quelque chose de ce qu'il a fait. Il avait raison de défendre l'idée de métier et de déplorer qu'il se perde. Car si l'oeuvre conceptuelle est évanescente et juste un prétexte à gloser, le produit du savoir-faire soutenu par l'intention et par l'idée permet qu'advienne le meilleur et le durable.

Les structuralistes et leur boite à outils souhaitaient règler le monde pour qu'il cesse d'être chaotique. Leurs instruments demeurent particulièrement efficaces pour ce qui concerne l'investigation et la connaissance. Mais rien de grand ne saurait advenir à partir d'une approche mécanique ou grâce à l'application du seul mode opératoire. Les grandes oeuvres qui concentrent la forme et le sens sont dues à des personnalités d'exception, des artistes. Elles naissent et se développent dans l'excès, le désordre et le dépassement.

L'ethnologue a vu s'engloutir dans la lave incandescente de la mondialisation des cultures entières (les cultures froides). Mais les mythes ont la vie dure et d'admirables productions englobant par la pensée la terre et le cosmos, offriront toujours sans limite ce dont nous avons le plus besoin : une modélisation du monde.

Catherine Plassart

PS : Ceci est une forme d'hommage à Claude Levi-Strauss disparu à l'âge de 100 ans le 31 octobre 2009.


photos : (1) Né dans la rue, Graffiti, Fondation Cartier. (2) Levi-Strauss (portrait), (3) Né dans la rue.


voir aussi : La Feuillée du 9 novembre 2009




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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 18:59

 
La Feuillée



Edito : Le grand carnaval.

Qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre ancienne peut-être perçue comme actuelle ? Plusieurs réponses viennent à l'esprit. Mais lorsqu'il s'agit de la peinture de James Ensor, une évidence prend forme. L'état social de la fin du XIXème siècle qui "remuait les tripes" de l'artiste belge est plus de cent ans après, inchangé, voire pire. La critique acerbe et cinglante de Ensor, dans ses peintures de 1887 à 1899 pointe la vanité et l'absurdité du monde. Sans surprise, cette critique là, va comme un gant au grand carnaval d'une société actuelle qui vacille sous le poids des contradictions politiques.

Le vocabulaire d'Ensor, " foudroiement", "exil" , "rejet" est bien celui d'une modernité lâche, aux visées dérisoires. Les couleurs poussées au plus vif mettent en relief des personnages chez lesquels l'omniprésence du désir de mort est dissimulée derrière le sarcasme et l'insolence. Caricatures d'eux-mêmes, ces génies saugrenus ou sardoniques apparaissent burlesques et macabres. Bientôt toutes les choses qui nous sont familières seront vidées de leur contenu. "Le monde à l'envers" (Ensor) n'offrira plus que d'innombrables coquilles vides. La comédie humaine éclate en fanfare avec une cruauté presque intolérable dans cette période de l'oeuvre du peintre.

Les individus en foule se serrent les uns contre les autres. Manipulés, ils s'inventent, masques à l'appui, des individualités de pacotille. Mais toujours plus stéréotypés, ils s'agglutinent en cohues le plus souvent gouvernées par la peur. Valeur d'échange et de coopération semblent définitivement des parodies d'une notion ancienne de solidarité. Mettre en scène le grotesque comporte toutefois une part de jeu. Aussi ai-je l'idée d'un pari. Si la rétrospectve James Ensor du Musée d'Orsay devait avoir le succès annoncé, il s'expliquerait de mon point de vue par une forme de réponse accordée à travers le temps, à nos interrogations et nos angoisses. Ensor manie l'ironie, la dérision et l'autodérision comme un saltimbanque lance les couteaux dans une foire. Il mêle le cocasse au terrifiant, le rire à l'effroi. La folie est sous-jascente, la colère et la rage bien réelles.

Catherine Plassart



Exposition James Ensor 20 octobre 2009 - 4 février 2010 Musée d'Orsay Paris


photos : James Ensor (1) La Mort et les masques 1897, (2) Ensor aux masques 1899 - détail, (3) Squelettes se disputant un hareng saur 1891



voir aussi : La Feuillée du 21 octobre 2009




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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 18:54

La Feuillée



Edito : Avez-vous des oreilles ?

Appartenez-vous à la communauté de ceux qui entendent le murmure des pages des livres que l'on tourne ? Il reste inaudible aux oreilles non exercées. C'est pourtant un chuchotis soyeux pour celles entraînées du lecteur. On évoque souvent, le toucher quand on parle de ce petit objet ergonomique empli de connaissances. Mais pas assez souvent de la musique silencieuse qu'il produit. Infimes craquements ou parfois grands vacarmes de papier, le livre en dit long à ceux qui écoutent.

Alors que la chaîne du livre grince, que les livres soumis aux contraintes éditoriales deviennent bruyants et récriminateurs, des artistes éditeurs et des petits éditeurs conçoivent entièrement les ouvrages qu'ils façonnent. Ceux-là ont des oreilles pour entendre le chant a capella, à une ou plusieurs voix, du livre de toujours.

Catherine Plassart



photos : (1) Robert Longo (2) François Dilasser (3) Jean Pons



voir aussi : La Feuillée du 7 octobre 2009




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