Chroniques musicales : Pierre Givodan


Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 09:30

 
Joe Bonamassa
Joe Bonamassa au fondement du blues.


Comme c'est le cas pour tous les guitaristes de blues qui l'ont précédé, le jeu de Joe Bonamassa (né en 1977 aux USA) consiste dans une relation de domination du musicien avec lui-même. Celle-ci repose sur une violence rendant juste son expression. De plus l'homme, auteur compositeur et interprète n'est lui-même qu'à la condition que les auditeurs subjugués se soumettent à son autorité de prince du blues. Commençant par là en sanctifiant les racines immémoriales de cette musique traditionnelle, tel un seigneur au charme extraordinaire dévoué à la cause singulières, le héros, le prophète plébiscité s'autorise le statut de serviteur de la musique du diable. Il rejoint ainsi la fratrie des détenteurs du pouvoir d'envoûter. Comment ?

Sur ce terrain aucune malhonnêteté, pas d'avidité non plus. Mais en accord avec le Nouveau Testament, la poursuite d'une richesse élevée, régénérante, l'expansion continue de la vie, l'esprit du blues.
Bonamassa n'est pas besogneux ni moralisateur, il édifie en démiurge un monde et déploie puissamment l'éthique de la protestation, l'esprit de l'exclusion.

PG


Entendre Joe Bonamassa, si l'on peut, en concert et sinon écouter par exemple  le disque Sloe Gin (2007).




Pierre Givodan 

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Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /Mars /2009 09:30

 

Alain Bashung

Bashung :  le maître de musique.


Alain Bashung était un amoureux, le coeur battu d'étincelles, éprouvant, croyant que se manifestaient dans la musique des formes de la passion exorbitante. Ses "expansions", son oeuvre de la maturité embrassaient le flux des instants, l'éternité coupante.

Venu du blues, du rock, des hautes herbes, vagabondant au milieu des orties, il a donné des coups de pieds à l'économie de la chanson française, à la cuisine des plans fatals. Il apportait des leçons que ses lèvres frémissantes lançant d'amères paroles, sa voix tremblée et grondante en colère contre la désertion du sentiment, la tendresse évanouie nous rappelaient.

Nous, gens raisonnables, attablés dans nos maisons, soupirant mélancoliquement, si calmes et lui, loup chassant sur le gazon, fouillant dans nos unions les combinaisons de la vie différente, le beau caché, le spirituel enfui, le distingué oublié. Déclassé des épousailles anciennes et camarade de la ville, de la rue et de ses bruits, théâtral, dilaté dans son coeur, maître de musique, il avait un balancement, des murmures, un jeu d'harmonica qui se détachaient.  Marquis de la vie artistique, des mains fines, lui l'exalté des grandes chaleurs du rock'n'roll, la bouche pleine de miracles, homme d'affaires dont "la Petite entreprise" payait tous les superbes excès.

On se fait un devoir de le remercier, le saluant en l'invitant, lorsque l'on sera fatigué, la nuit tombant, à venir nous chiffonner avec sa ritournelle de guitares, les sons qui descendent à cheval et se poussent près de la porte, depuis une banquette arrière: "Osez, osez Joséphine !", jusqu'à ce que les instruments se taisent.
P. G.


Les obsèques d'Alain Bashung, décédé samedi 14 mars à l'âge de 61 ans, seront célébrées vendredi 20 mars à Paris. La cérémonie religieuse aura lieu en l'église de Saint-Germain-des-Prés, à 11h30, avant l'inhumation au cimetière du Père Lachaise, à 15h00.


Pierre Givodan

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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 10:47









Au-delà du point critique, on se rappelle des images de ses premiers  films, son "époque" bleue. Des panoramiques qui flottent dans toutes  nos mémoires. Les lumières lourdes de la ville basse et tentaculaire. Ces personnages ( De Niro dans Taxi Driver,1976 ). Les femmes qu'on  aimait imaginer "au crépuscule" (Liza Minelli dans New York, New  York,1977). Ces êtres "cultes", ces refusés qui s'étonnent d'avoir  atteint le but à l'horizon. La profondeur de ses tableaux parfaits encore ( No direction home :  Bob Dylan, 2005).


  A côté de lui on regarde le cinéma beaucoup moins calmement. Il a  conçu la grâce et s'achemine vers les formes les plus objectives du  7ème art : le documentaire, pour l'élever au sublime. On veut parler maintenant de "Shine a Light" (2008), d'après un  concert-prétexte donné par les Rolling Stones à l'invitation de  l'ex-président des USA, Bill Clinton en faveur de la lutte contre le  réchauffement climatique. Scorses se surpasse et monte ici à travers les nuages de la musique  des Stones, jusqu'à la lumière du soleil du Rock'n'Roll. Comme le dernier cri d'un mourant il hurle, à la façon d'un peintre de  l'école hollandaise (Rembrandt), "Plus haut, plus clair, plus artiste ! ".


L'état d'âme de Martin Scorsese nous intéresse. Sa volonté de  s'enivrer et cette déclaration originale en faveur de ces hommes  remplis de défauts, d'empêchements et qui veulent jouer et chanter la  musique des Noirs en mouvement. Eux qui ont gagné la légitimité d'un Muddy Waters, sans manie, sans  être "pompiers" non plus. Scorsese filme donc là le futur, la volonté esthétique de faire crédit  à l'utopie, loin des déclarations  gratuites. Deux heures de bonheur à l'école du Rythm'n'Blues sous l'influence  d'un Mick Jagger jamais niais. Le meilleur des plans inspirés de la  production de Scorsese. Pas si simple, mais si grandiose !


L'énumération de morceaux joués et empruntés aux souhaits des  artistes, jamais vulgaires ici, mais toujours préoccupés par leur idée  d'être véritables. La jeune musique peut essayer de rivaliser avec eux. Scorsese a eu le  don d'en avoir l'idée puissante, inspirée par la foi éveillée d'un  amateur authentique des racines du Rock : Le Blues (et l'on pense au  duo mémorable Buddy Guy- Mick Jagger au coeur du film). Lyrisme, mystique de la folie sur place, inclination à chercher la  vérité dans l'expression des visages fatigués, surpassés. Effort pour  rendre la beauté des stigmates de l'âge. Depuis longtemps la musique anglaise court après l'Amérique.  Aujourd'hui un italo-américain (Scorsese) le lui rend bien . Grand  peintre de la caméra il restaure la poésie rock à la dignité des arts  et des lettres.

PG

"Shine a Light", film documentaire de Martin Scorsese, visible dans  les (bonnes) salles obscures de France depuis quatre semaines.

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